Interview par Louis Matagne

Edouard Vermeulen: ‘Belge, c’est synonyme de qualité et de sérieux’

Directeur de la Maison Natan, Edouard Vermeulen est connu pour ses créations sobres et classiques, qui séduisent notamment la Reine Mathilde. Le couturier incarne une belgitude inhabituelle: mélange d’élégance et de confiance tranquille.

Directeur de la Maison Natan, Edouard Vermeulen est connu pour ses créations sobres et classiques, qui séduisent notamment la Reine Mathilde. Le couturier incarne une belgitude inhabituelle : mélange d’élégance et de confiance tranquille. 

Vous avez 35 ans de carrière dans le milieu. Comment a évolué la place de la Belgique et de Bruxelles dans le monde de la mode ? 

« Je crois qu’être Belge est synonyme d’atouts artistiques, de qualité, de sérieux et de créativité. Prenez Prada, par exemple. Ils viennent d’engager un Belge, Raf Simons, comme co-directeur créatif. Beaucoup de maisons internationales sont d’ailleurs dirigées par des Belges. C’est peut-être un peu chauvin, mais je pense que nous sommes plus observés que d’autres.  Est-ce toujours l’héritage des fameux Six d’Anvers ? [NDLR Six créateurs anversois, issus de la même promotion, et qui ont durablement marqué la mode au début des années 80] Probablement… mais je pense aussi que c’est lié à l’image culturelle et artistique que la Belgique dégage à l’international. »

Est-ce que la Belgique, et le fait d’être Belge, influencent votre travail ? 

« Oui, je pense. Les gens qui achètent nos produits disent qu’ils sont bien faits, bien étudiés, et je pense que ce sont des qualités belges. D’un point de vue professionnel, nous sommes ’’to the point’’, et c’est une image qui plaît. »  

Vous êtes connu comme le couturier de la famille royale, et plus particulièrement de la Reine Mathilde. 

« Ce que je trouve magnifique, c’est que nos souverains ont le souci de porter les couleurs de la Belgique, d’afficher la créativité qui existe chez nous. Cela ne concerne pas que mes productions, évidemment : il y a une volonté énorme de leur part de promouvoir la Belgique à l’étranger. Et qui peut faire cela mieux qu’une reine ? En tout cas, cela est fait dans une vraie démarche d’aide au commerce extérieur, et c’est bénéfique. » 

Oprichting van het Couture Huis Paul Natan ©Natan.be
Création de la Maison de Couture Paul Natan © Natan.be

À côté de la couture, qui fait votre renommée, Natan produit également du prêt-à-porter. C’était une nécessité dans le contexte actuel ?

« Oui, c’est indispensable. L’image d’une maison engendre des charges, et il faut générer un chiffre d’affaires derrière. À Paris [NDLR nouvelle boutique ouverte en début d’année] par exemple, nous allons essayer de toucher de grands magasins comme Printemps, pour éventuellement poursuivre une forme de distribution à plus grande échelle. Toutefois, on ne rentrera jamais vraiment dans la ’’grande échelle’’, car c’est un marché très saturé. »

Justement, la clientèle… est-elle plus dure à convaincre, à une époque où l’on trouve des vêtements peu couteux au coin de la rue ?

« La concurrence, pour nous, n’est plus spécialement dans les vêtements, mais dans l’accessoire, les voyages, les voitures, et plein de choses encore. Il y a un désintérêt évident : les gens aujourd’hui attachent moins d’importance aux vêtements. Cela veut dire que nous devons valoriser nos services et notre savoir-faire, en restant ancrés sur ce qui fait notre ADN. Dans ce sens, nous avons créé un atelier ouvert au public, pour insister sur le Made in Belgium, produit en Belgique. »

Ce que je trouve magnifique, c’est que nos souverains ont le souci de porter les couleurs de la Belgique, d’afficher la créativité qui existe chez nous

— Edouard Vermeulen

Au sein de votre clientèle, ressentez-vous une fierté à porter du Made in Belgium ?

« Oui, le Belge consomme belge, sans se laisser influencer par le snobisme, et je remercie d’ailleurs tous mes clients pour ça. »

Vous parrainez la nouvelle formation de créateurs du CAD, College of Art & Design de Bruxelles. Est-ce que le milieu de la couture est toujours accessible pour un jeune styliste qui se lance ? Cela semble parfois un peu lointain…

« Oui, c’est lointain à cause de l’intérêt général limité que la couture suscite aujourd’hui. Je parle bien de couture, et pas de mode. Je crois que c’est presque impossible pour un jeune à l’heure actuelle de lancer sa propre marque en dehors d’une forme d’artisanat vraiment minime. À moins d’avoir déjà une équipe et un investisseur derrière soi. Imaginez : si vous partez de zéro, il vous faut une boutique, payer vos charges, trouver une clientèle… C’est pour ça que je conseille à nos stagiaires d’être polyvalents, car pour trouver du travail ils vont souvent devoir se mettre au service d’une entreprise existante. Et ces entreprises proposent des métiers qui touchent aussi au marketing, aux réseaux sociaux, à l’innovation…le stylisme pur, à l’ancienne, n’existe plus. »

16.12.2020
par Louis Matagne
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