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Emna Everard (Kazidomi) : L’entrepreneuriat, ce parcours du combattant

Ce mois-ci, dans Ô Summum, le podcast des entrepreneurs inspirants, nous recevions Emna Everard, fondatrice de Kazidomi, 27 ans, à la tête d’une startup de 45 personnes et d’un e-commerce de produits sains, bio et éthiques, au business model ultra innovant.

L’entrepreneuriat est un long parcours du combattant. Sans doute l’un des plus satisfaisants pour ces aventuriers du marché, qui devront naviguer entre les tendances du moment, les attentes des clients, le labyrinthe administratif et éviter moult écueils.

En 2019, 12 000 entreprises ont baissé le rideau, 2020 devrait en voir plus d’une abandonner à son tour l’aventure. Un parcours du combattant ? Oui, et c’est pour cela que les conseils et l’expérience d’autres entrepreneurs ont autant de valeur : leur soutien donne confiance, leurs conseils portent, leur parcours inspire. Ce mois-ci, dans Ô Summum, le podcast des entrepreneurs inspirants, nous recevions Emna Everard, fondatrice de Kazidomi, 27 ans, à la tête d’une startup de 45 personnes et d’un e-commerce de produits sains, bio et éthiques, au business model ultra innovant.

Avec cette girl boss optimiste, inspirée et audacieuse, nous parlons canaux d’acquisition et marketing, embauches et rentabilité, mental d’acier et montagnes russes, parrainage et accompagnement, e-commerce et avenir de l’alimentaire. 45 minutes qui inspireront les futurs entrepreneurs comment les vétérans de l’aventure.

3’03 : Kazidomi, un rêve d’enfant

« Kazidomi, c’est un rêve d’enfant. Depuis toute petite, je baigne dans l’alimentation saine, le sport, etc. Et assez tôt, je me suis rendu compte que j’avais une énorme chance d’être informée sur les produits qu’il est bon de consommer ou pas, d’avoir accès à toute cette information. Je me suis rendu compte jeune aussi que tout le monde n’avait pas la même chance. J’ai voulu créer Kazidomi pour résoudre ce problème, pour aider les gens qui veulent consommer sainement, consommer plus naturel, faire plus attention à eux, pour répondre à ce besoin de santé.

Kazidomi, c’est une plateforme sur laquelle 3500 produits ont été sélectionnés par des experts de la santé. On a voulu faire ce travail en amont pour permettre à nos membres de ne plus avoir à consulter les étiquettes, à se poser de questions, etc. La startup a été créée en 2016, c’était ma thèse d’étudiante qui s’est assez vite concrétisée. Mais déjà en rentrant à l’université, j’avais cette volonté de lancer un concept dans la santé, de démocratiser l’accès aux produits sains. Puis petit à petit, je me suis pas mal intéressée au e-commerce, et c’est comme ça qu’est née l’idée de Kazidomi. Tout s’est déroulé assez vite : en 2016, le catalogue comptait 350 produits. Aujourd’hui, il en compte 10 fois plus. »

5’25 : Le marketing, aspect essentiel du commerce en ligne

« J’étais assez naïve à l’époque : je pensais qu’en mettant un site en ligne, Google allait très bien me référencer, que j’allais apparaître dans tous les résultats de recherches, ce qui n’était pas du tout le cas. Il fallait clairement travailler le SEO, travailler son image sur les réseaux sociaux, travailler son image externe, etc. Il y a un très gros travail qui a été fait, que ce soit du côté des canaux d’acquisition physique, donc la presse, les salons, les évènements,  que du côté digital. Et justement, côté digital, quand j’ai commencé, j’étais encore étudiante, et qui dit étudiante dit pas grand-chose en poche. J’avais un budget assez restreint donc j’ai vraiment favorisé tout ce qui était canaux d’acquisition digitaux non payants. (…) Mais donc tout ça a pris beaucoup de temps. Et le site a commencé à être connu avant de faire de marketing payant. Ce qui prouve bien qu’aujourd’hui, il y a moyen, avec tout ce qui existe du côté du digital, de se faire connaître sans devoir dépenser trop. »

« Le marketing, c’est l’activité la plus importante après la création d’un site qui tourne avec une offre de produits dessus. Sans marketing, il n’y a pas de clients. »

7’00 : J’embauche ou j’attends ?

« C’est vrai qu’on peut se poser la question, « quand est-ce que j’embauche ? » Moi j’ai embauché au bout de 6 mois alors que l’entreprise n’était pas encore rentable. Ce qui m’a permis de me libérer énormément de temps pour vraiment commencer à réfléchir à la stratégie de l’entreprise et c’est là que les choses se sont débloquées et ont commencé à prendre forme. J’ai pris une personne qui avait un peu d’expertise. Parce que typiquement, en tant que Startupeur au début, on est un couteau suisse, on touche un tout petit peu à tout et on n’est expert en rien. Mais à un moment, il est important d’aller trouver des experts, en marketing, communication, gestion des achats, etc. parce que, eux, vont apporter de la vraie valeur et savent comment gérer le métier. »

17’07 : Un parcours du combattant

« L’entrepreneuriat, c’est un parcours du combattant, ça c’est sûr. Il ne faut pas être naïf par rapport à ça et entreprendre en connaissance de cause. Je ne connais aucun entrepreneur qui a lancé sa boîte sans devoir travailler, sans être passé par des moments difficiles. Dans mon cas, ça a été les montagnes russes : des jours où tout se passait super bien, des jours où ça se passait moins bien. (…) Clairement les jours où les ventes allaient moins bien, ça avait un impact sur mon moral, les jours où les ventes étaient bonnes, j’étais super joyeuse, j’avais envie de faire plein de choses. Il a fallu apprendre à gérer tout ça. De manière générale, il y a tout le temps des choses à gérer quand on a son entreprise. Il y a la régulation qui peut changer, il y a des surprises parce qu’on découvre un produit à rappeler, un problème sur le site. Peu importe le secteur, il va y avoir des choses qui vont se passer, des décisions à prendre, des coûts engendrés sans qu’on ne les ait prévus. Donc oui, c’est un parcours du combattant, et c’est normal, il faut s’y attendre et être armé pour. »

20’10 : Se faire un réseau pour être bien conseillé

« Aujourd’hui, en tant que jeune entrepreneur, la meilleure chose à faire est d’aller discuter avec un autre entrepreneur, plutôt que d’aller se renseigner sur internet. Parce qu’en discutant avec un entrepreneur, on a beaucoup d’insights, on apprend plein de choses, on est redirigé vers les bonnes personnes et on apprend beaucoup sur les petites erreurs à éviter. Le nombre d’erreurs que j’ai évité grâce aux conseils d’autres personnes, ça n’avait juste pas de prix. »

21’00 : Financer son projet

« Les aides financières sont assez pauvres si je compare avec d’autres pays comme la France par exemple. Déjà, ce n’est pas facile à trouver, parce qu’on le sait tous, la Belgique est un pays assez divisé, et en fonction de l’endroit où on se trouve, on a accès à certains types d’aide, à certains types de subsides. Donc il faut vraiment bien se renseigner, ça peut valoir d’ailleurs la peine de décider de l’emplacement de son siège social en fonction des différentes aides. Et puis il y en a assez peu. Ces subsides ne sont pas toujours faciles à avoir, pas toujours bien faits, dans le sens où ils ne sont pas toujours propres au business dans lequel on se trouve. Donc les critères sont assez cadenassés. De manière générale, je n’ai pas reçu beaucoup d’aides ; un peu de la part de la région bruxelloise, sous la forme de prêt et non de subsides. »

23’00 : Pitcher son entreprise auprès d’investisseurs

« Je suis arrivée très préparée. Il est important de faire de ça de manière professionnelle. Un investisseur privé n’est pas là pour perdre son temps, il veut savoir s’il doit investir ou non, donc il faut avoir des documents bien concis, un bon pitch bien clair. Un investisseur privé, ce n’est pas un expert du secteur dans la plupart des cas, ce n’est pas quelqu’un qui connaît les finances dans le détail. C’est quelqu’un qui souvent va avoir un coup de cœur pour un entrepreneur, pour son projet et forcément, qui va réfléchir si oui ou non, le business model est viable et pourra rapporter de l’argent sur du long terme. Alors qu’un investisseur professionnel a une expertise sur le secteur, va aller beaucoup plus loin dans le détail et je dirais qu’il faut vraiment démontrer qu’on est la bonne personne quand on va voir un investisseur privé, qu’on est passionné, qu’on gère les skills pour faire grandir le business. Ce sont les points indispensables. Après, en Belgique, trouver des investisseurs privés, ce n’est pas très compliqué. Il y a beaucoup de gens qui ont envie d’investir, même si tout dépend des montants. Trouver quelques dizaines de milliers d’euros quand on lance sa boîte auprès d’un investisseur privé, si on a un projet qui tient la route, ce n’est vraiment pas quelque chose de très compliqué. »

26’00 : « J’ai un gros conseil pour les starteurs »

« Il faut oser. Parce que dans l’entrepreneuriat, il faut prendre des risques. Si à un moment on ne se dit pas « Go, je fonce, j’y vais ! », on n’y arrivera jamais en fait. Je connais toute une série de personnes, qui m’ont dit qu’elles voulaient lancer un projet, mais qui sont restées beaucoup trop longtemps dans les bouquins et les business plans et qui ont fini par abandonner parce que c’était beaucoup trop long. À un moment, il faut se dire « j’y vais, ce n’est pas grave si mon produit n’est pas parfait, si je n’ai pas encore une équipe constituée, etc. Mais je fais un MVP [Minimum Viable Product, NDLR], un produit qui tient la route, un produit pour lequel je sais démontrer qu’il y a de l’attraction et j’y vais, je teste. » Parce que je peux vous garantir que peu importe ce que vous allez lancer, dans la plupart des cas, vous allez avoir des choses à modifier. Parce que vous n’avez pas testé votre produit au préalable, parce que vos clients vont vous donner des feedbacks. »

 

13.01.2021
par Julie Garrigue

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