Santé

Le vivant au service de notre santé

02.12.2020
par Fokus Online

Apparus dans le paysage des soins de santé il y a près de 40 ans, les traitements biologiques sont aujourd’hui bien implantés, et ont permis de redonner de l’espoir à des patients atteints de maladies chroniques, voire rares. Et la Belgique tient la corde en la matière. 

«Un biomédicament, ou médicament biologique, provient d’organismes vivants, tels que des cellules et des tissus », explique Jean-Michel Dogné, directeur du département pharmacie de l’UNamur et expert en pharmacovigilance. « Cela le différencie d’un médicament ’’classique’’, comme le paracétamol, issu d’une molécule chimique. » On l’ignore parfois, mais ces fameux médicaments biologiques sont en fait bien ancrés dans le paysage des soins de santé, principalement en milieu hospitalier et ambulatoire. L’un des premiers à avoir été développés, au début des années 80, est l’insuline, hormone utilisée pour traiter le diabète. « Un médicament qui contient une souche de levure, comme l’Enterol, utilisé contre la diarrhée induite par les antibiotiques, est aussi un médicament biologique », commente l’expert. Si les recherches en la matière ne sont donc pas neuves et profitent déjà à beaucoup de patients, principalement atteints de maladies chroniques, inflammatoires et immunitaires, elles ont cependant pris un chemin de plus en plus précis et complexe. Notamment avec le développement, dès la fin des années 2000, des médicaments de thérapie innovante (ATMP). Ces traitements nécessitent des technologies très poussées et bénéficient exclusivement à des patients souffrant de maladies rares, en milieu hospitalier. « On pense par exemple aux thérapies géniques, c’est-à-dire des médicaments qui contiennent des gènes conduisant à un effet thérapeutique. C’est une avancée extraordinaire, mais c’est aussi beaucoup plus coûteux et variable, notamment à cause de caractère individuel de ces traitements. » 

On l’aura compris, la révolution biotechnologique n’en est plus à ses débuts, elle n’a toutefois pas encore livré toutes ses surprises. Et la Belgique serait particulièrement bien positionnée pour jouer un rôle majeur en la matière dans les années à venir. « Dès les années 50, des études ont été menées en Belgique pour comprendre le vivant, puis en tirer des outils diagnostiques et thérapeutiques », explique Frédéric Druck, secrétaire général de bio.be/essenscia, la fédération belge des sciences de la vie et des biotechnologies. 

« La Flandre, puis la Wallonie, ont compris qu’il fallait investir dans ce secteur, qui emploie plus 30 000 personnes. » Aujourd’hui, notre pays compte donc un écosystème biotechnologique développé, où autorités, universités et entreprises collaborent activement. « Il y a plus de 300 sociétés actives dans les biotechnologies et la biopharmacie, dont 80 % le sont spécifiquement dans les soins de santé. C’est un pilier de notre économie, et notre renommée est mondiale. »  Pourtant, rien ne serait encore gagné : « nous devons transformer l’essai. Nous sommes très forts en ce qui concerne la recherche, mais nous devons accroître nos capacités en matière d’industrialisation, de production.» La période serait d’ailleurs particulièrement cruciale dans le cadre des recherches sur les vaccins contre la COVID-19. Car oui, les vaccins aussi sont des traitements biologiques. « Et, parmi les succès belges, on peut notamment citer les 40 vaccins développés par GSK à Rixensart. »  

Pour autant, les traitements de demain seront-ils tous biologiques ? « Non », tranche Frédéric Druck. 

« Ces traitements ont permis d’investir des champs inexplorés, mais ils sont complémentaires avec les molécules chimiques. Si demain vous avez mal à la tête, vous ne prendrez pas un biomédicament. » Mais si vous souffrez d’un cancer ou d’une maladie orpheline, il en ira peut-être autrement. « Selon Pharma.be, l’association de l’industrie du médicament, 50 % des médicaments remboursables dans les hôpitaux sont des médicaments biologiques », rappelle Jean-Michel Dogné. « Nous avons atteint un certain équilibre, mais les biomédicaments sont certainement appelés à prendre une place toujours plus importante dans le traitement de certaines maladies graves, comme les cancers et les maladies auto-immunes, car ils sont plus ciblés et efficaces. » Une lueur d’espoir toujours grandissante pour de nombreux patients, donc. 

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