Santé

Le patient devient acteur

02.12.2020
par Fokus Online

L’éducation thérapeutique du patient vise à aider la personne à acquérir savoirs et compétences qui lui permettront de mieux gérer sa maladie au quotidien. Une façon de susciter une meilleure adhésion aux traitements prescrits et de réduire le coût des soins pour les patients et la société.

«Donnez un poisson à un homme, il mangera un jour. Apprenez-lui à pêcher, il mangera toute sa vie », a formulé jadis le sage chinois Lao Tseu. Transposée à l’éducation thérapeutique du patient (ETP), cette citation pourrait se traduire comme suit : soignant, entretenez un homme de sa maladie, il reviendra le jour suivant ; apprenez-lui à la comprendre, il s’autogérera toute sa vie. Car il s’agit bien de cela : augmenter et mobiliser les savoirs, les connaissances, les compétences et les capacités des patients afin de les encourager à adopter les comportements adéquats pour leur santé et à vivre mieux avec la maladie et éviter les complications. « La finalité de l’ETP est véritablement l’amélioration de la qualité de vie des personnes et de leur entourage », déclare Marie-Madeleine Leurquin, chargée de projets au Centre d’éducation du patient.

Pour favoriser l’ETP, il faudrait investir davantage dans la formation des soignants, la formation de base et la formation continue.
— Marie-Madeleine Leurquin, Centre d’éducation du patient

Apparue dans les années 1970, l’ETP a commencé à prendre de l’ampleur suite à sa reconnaissance officielle par l’Organisation mondiale de la santé (OMS-Europe) en 1998. « L’OMS a tiré la sonnette d’alarme et mis en évidence l’importance de former le personnel de santé à l’ETP après avoir constaté que, dans le monde, 80 % des maladies sont chroniques, et qu’à l’époque, moins de 50 % des patients suivaient leurs traitements correctement », explique André Nayes, infirmier-chef de service au CHU de Charleroi.

Définie comme un processus continu d’apprentissage et de soutien psychosocial, l’ETP doit s’appuyer sur des programmes structurés d’information et d’éducation, nécessitant des adaptations permanentes en fonction de l’évolution de la maladie, de la gestion de cette dernière par le patient lui-même et de ses demandes ou besoins. 

« La manière dont ces programmes sont soutenus par les pouvoirs publics des différents pays permet une évolution différente de l’ETP », note M. M. Leurquin. 

Alors qu’en France, par exemple, l’ETP est inscrite dans le code de la santé publique depuis 2009, en Belgique, l’approche ne bénéficie pas de la reconnaissance officielle dans la prise en charge sanitaire. Néanmoins, le Plan conjoint en faveur des maladies chroniques approuvé en 2015 par les ministres de la Santé publique des entités fédérées et de l’autorité fédérale identifie l’empowerment du patient comme une composante des soins intégrés qu’il convient de développer. Cette notion transforme la relation thérapeutique en impliquant le patient comme partenaire de soins. 

« En matière de financement d’éducation du patient, les programmes sont surtout reconnus, chez nous, pour le diabète et la dialyse. »

Le monde médical est convaincu du bien-fondé de l’approche. Néanmoins, dans la pratique, elle est encore trop peu présente. « Les prestations d’éducation menées par le personnel infirmier à domicile, par exemple, qui sont plutôt d’ordre intellectuel, ne sont pratiquement pas valorisées contrairement à des actes comme le changement de pansement, l’injection ou la toilette », observe A. Nayes. « D’une manière générale, les soignants sont tout à fait favorables à l’idée de consacrer du temps au patient pour l’informer et le former, mais il faut valoriser ce temps. » 

De plus, former un patient requiert des compétences particulières, dont le personnel de soins doit lui-même se doter. « Les compétences éducatives ne sont pas innées », remarque M. M. Leurquin. « Pour favoriser l’ETP, il faudrait investir davantage dans la formation des soignants, la formation de base et la formation continue. »

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