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Opinion

Annabelle Decottignie: Comment ne pas rêver de sauver le monde ?

17.03.2022
par Fokus Online

Les molécules d’ARN étranger peuvent échapper à notre système immunitaire. D’où l’idée des vaccins à ARN modifié qui ne sont pas rejetés par notre corps et lui permettent de produire des anticorps pour contrer des virus ou un cancer. 

Notre corps peut se transformer en bioréacteur ! Alors saluons la naissance des vaccins à ARN messager, comme ceux que nos sommes parvenus à rapidement développer au cours de la pandémie de Covid-19. Le laser, pur produit de la recherche fondamentale au siècle passé, permet aujourd’hui aux chirurgiens d’atteindre des zones du corps qu’on pensait inaccessibles. Les accélérateurs de particules, destinés initialement à la physique nucléaire, traitent chaque jour de nouveaux cancers. Comment, en tant que chercheur fondamental, ne pas aspirer à ce type d’aboutissements formidables ? Comment ne pas rêver de sauver le monde ? Dans le secteur de la santé, des miracles se produisent chaque jour. Ils trouvent leurs bases dans les avancées, l’ingéniosité et la créativité propres à la recherche fondamentale. 

La recherche fondamentale produit du savoir qui ne se vend pas mais se partage.

- Annabelle Decottignie, professeure et directrice de recherche FNRS, UC Louvain

Susciter des vocations auprès de la jeune génération semble dès lors une évidence. « Là où vos talents rejoignent les besoins du monde, là est votre vocation ». Cette définition de la vocation par Aristote ne pourrait trouver de meilleur écho qu’ici. Mais la vocation doit être haut perchée pour résister aux assauts des déferlantes qui rythment le quotidien du chercheur. On imagine mal la précarité du chercheur fondamental qui se voit contraint de consacrer une grande partie de son temps et de son énergie à chercher … comment payer sa recherche.

La recherche fondamentale produit un savoir qui ne se vend pas, mais se partage. Elle coûte très cher avant de rapporter au secteur pharmaceutique. Et le chercheur, devenu orpailleur, s’épuise. Ces déferlantes ont eu raison de certains chercheurs qui, faute de moyens suffisants pour la recherche fondamentale en Wallonie, l’ont quittée pour une mer plus calme où chercher reprend son sens premier. Mais le chercheur s’épuise aussi devant d’autres obstacles. Comme les contraintes croissantes liées à l’expérimentation animale, les protocoles très restrictifs des essais cliniques ou l’accès au matériel biologique. 

Alors, chercheur, une vocation ? Oui, mais seulement si elle est doublée d’une passion sans limites pour la conversion de l’inconnu vers le nouveau dogme, le désir viscéral de comprendre plus pour faire mieux, de transcender. La vocation seule, non sublimée, risque de ne pas faire le poids.

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