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Diversité

Le chemin complexe de l’accessibilité dans les transports publics

13.04.2024
par Valerie Nouille

Entre innovations technologiques et défis structurels, la question de l’accessibilité dans les transports publics des personnes en situation de handicap est cruciale. Christian de Strycker, Responsable de l’accessibilité à la STIB, et Mathieu Angelo, Directeur du CAWaB (Collectif Accessibilité Wallonie Bruxelles), partagent leur vision sur le sujet.

L’importance de la persévérance en matière d’accessibilité

Christian de Strycker souligne l’engagement de la STIB pour améliorer l’accessibilité à travers un plan stratégique ambitieux, co-créé avec Bruxelles Mobilité, le secteur associatif et d’autres acteurs – dont les maîtres-mots sont autonomie et inclusion. Cet effort collaboratif vise à transformer un vaste réseau historique en un modèle d’accessibilité (69 stations de métro et prémétro, environ 1.300 arrêts de bus et 600 arrêts de tram), malgré les défis imposés par la topographie bruxelloise et le matériel roulant. « Pour qu’une station soit réellement accessible, il est crucial que l’ensemble de la chaîne de déplacement le soit, depuis l’entrée de la station jusqu’au véhicule lui-même. En dépit de tous nos efforts, rendre l’intégralité du réseau accessible est impossible, mais notre objectif est d’atteindre les 70 % d’accessibilité. » Au niveau des infrastructures existantes, on retrouve des ascenseurs dans 80 % du réseau souterrain, les marquages au sol et des éléments podotactiles, les rampes d’accès, ainsi que des annonces visuelles et sonores dans 55 % du réseau global. La STIB propose en outre le service TaxiBus et le système AccessiBus qui donne des informations sur la praticabilité des arrêts de bus. L’expert de la STIB insiste par ailleurs sur l’apport des nouvelles technologies pour guider les personnes malvoyantes et les ajustements de l’app STIB, avec des configurations spécifiques pour les téléphones et des fonctionnalités pour que ses utilisateurs puissent planifier leurs déplacements en évitant les obstacles, tels que les escaliers.

Mathieu Angelo, du CAWaB, apporte un éclairage critique sur la réalité de l’accessibilité à Bruxelles et en Wallonie, pointant les lacunes et des besoins non satisfaits : « En Wallonie, c’est surtout l’information sur l’accessibilité des arrêts et lignes, ainsi que les annonces visuelles et sonores qui font défaut. Autre écueil –  qui se pose à Bruxelles également : le mauvais fonctionnement des rampes d’accès aux bus. »  Il déplore en outre la lenteur des avancées et le manque de coordination entre les différents acteurs : « On est reconnus comme interlocuteur privilégié certes. Mais on a parfois l’impression d’être entendus sans être écoutés. » Malgré ces constats, le directeur du CAWaB est pleinement conscient des efforts accomplis et des difficultés d’un tel chantier, en espérant toutefois que les choses prennent plus d’ampleur : « Beaucoup de chemin a été parcouru et des plans laissent entrevoir des améliorations mais, à mon sens, ce n’est pas encore pas suffisamment perceptible par les premiers concernés. »

Notre plan de mise en accessibilité est un réel travail de co-construction avec tous les acteurs.

- Christian de Strycker, Responsable de l'accessibilité STIB

Un appel à l’action concertée

Les points de vue de Christian de Strycker et de Mathieu Angelo convergent sur la nécessité d’une action concertée pour surmonter les défis de l’accessibilité. La STIB s’engage dans un processus d’innovation et de collaboration, comme l’explique son représentant : « Notre plan de mise en accessibilité est un réel travail de co-construction avec tous les acteurs. Le secteur associatif nous challenge et nous conseille et c’est très enrichissant. » Le directeur du CAWaB, de son côté, appelle à une accélération des efforts et à une meilleure prise en compte des retours des utilisateurs en situation de handicap : « On a vraiment un manque de vision auprès des autorités, alors que ça fait 50 ans que la première loi sur la mobilité a été votée. On attend vraiment un gros effort politique en matière d’accessibilité. » Ce dialogue entre les responsables des transports et les défenseurs de l’accessibilité est crucial pour progresser vers une mobilité plus inclusive et une approche holistique, intégrant la technologie, l’infrastructure et l’aspect humain.

Pour une société plus juste

La route vers l’accessibilité totale des transports publics est semée d’embûches, mais elle est également jalonnée de possibilités d’amélioration et d’innovation. La volonté de la STIB de relever ces défis, combinée à la voix critique mais constructive du CAWaB, illustre cette volonté d’équité et d’inclusion. Il est impératif que les efforts continuent à être déployés de manière cohérente et coordonnée, avec une attention particulière portée à l’expérience vécue par les personnes handicapées. Comme le souligne Mathieu Angelo, il est essentiel de « développer les transports dans une vision d’autonomie et non d’assistance pour permettre à chacun de naviguer dans l’espace public avec dignité et indépendance. »

L’accessibilité des transports publics n’est pas seulement une question de mobilité. « Il est indispensable que chacun – autorités publiques et réseaux de transports – poursuive ses efforts car c’est une question de droits fondamentaux, d’égalité des chances et de participation active à la vie sociale », poursuit Christian de Strycker. Les initiatives en cours à Bruxelles et en Wallonie, malgré les obstacles rencontrés, sont des pas vers la réalisation de ces droits pour les personnes handicapées. Les défis sont certes nombreux, mais la collaboration entre les différents acteurs, la mise en œuvre de solutions innovantes, et l’écoute active des besoins des personnes en situation de handicap sont les clés pour transformer ces défis en opportunités d’amélioration. Dans ce parcours vers une mobilité pour tous, chaque avancée, aussi petite soit-elle, contribue à renforcer le tissu social et à ouvrir de nouvelles voies vers l’inclusion et l’égalité.

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