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Diversité

Boys do cry : Premiers secours en cas de constipation émotionnelle

13.04.2024
par Benjamin Van Synghel

Oui, les hommes ont des sentiments. Oui, ils devraient en parler davantage. Ce sont deux vérités évidentes que nous semblons devoir répéter sans cesse. La discussion autour des émotions reste un tabou chez les hommes, surtout chez les générations plus âgées. Les garçons ne pleurent pas, n’est-ce pas ?

Il est remarquable de constater ce que nous considérons comme des maux ou des troubles, et ce qui ne l’est pas. Si vous ressentez une obstruction dans votre système digestif, là, les alarmes sonnent. Vous passez à un régime riche en fibres ou consultez un médecin. Vous agissez donc de manière logique. Mais qu’en est-il lorsque l’obstruction concerne votre vie émotionnelle ? Cherchez-vous aussi rapidement une solution ? La constipation émotionnelle est extrêmement nocive. C’est un mal qui suit nombre d’entre nous depuis des décennies. Même en 2024, exprimer ses sentiments reste difficile, particulièrement pour les hommes, et encore plus pour ceux appartenant à des générations plus âgées.

Dès le berceau

« C’est un cliché, mais c’est vrai. Toutefois, ce n’est pas un phénomène naturel, mais un comportement acquis. », explique Jens Van Tricht. Ce Néerlandais a fondé Emancipator il y a dix ans, une organisation visant à changer les normes concernant les hommes et la masculinité. « Tout commence dès le berceau. Les recherches montrent que les bébés garçons sont abordés avec des intonations moins variées que les filles et qu’on les laisse pleurer plus longtemps. Le même constat s’applique à l’enfance. Si vous vous montrez les émotions, vous êtes considéré comme faible. Ce qui est absurde. »

L’image de l’homme émotionnellement contraint est inculquée dès le plus jeune âge. Si nous laissons cela sans surveillance, les risques potentiels sont énormes. Les addictions, la criminalité, le sans-abrisme et le suicide sont des problèmes très masculins. Les taux de suicide les plus élevés au monde sont observés chez les hommes de plus de 50 ans. « Cela est lié à cette socialisation : un comportement enseigné par la société. », affirme fermement Van Tricht. « Les hommes ont souvent tendance à éviter de demander de l’aide, ce qui peut les plonger dans de graves problèmes après une crise. »

Dès le berceau, les garçons sont abordés avec des intonations moins variées que les filles.

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Jens Van Tricht, Fondateur d’Emancipator

Un changement en vue ?

Porter plus d’attention aux émotions ne serait donc pas du luxe. Mais peut-être que ce changement est déjà en train de se produire. La crise du coronavirus en est un exemple précieux. Cette période difficile a été source de nombreux problèmes, mais a également mis en lumière l’importance du bien-être mental. « Il y a une amélioration en vue. », dit le sexologue Wim Slabbinck. « Les jeunes générations parlent plus facilement de leurs problèmes et sont moins effrayées à l’idée de chercher de l’aide. C’est un pas dans la bonne direction, mais il reste encore beaucoup à faire. Tant chez les hommes que dans l’ensemble de la société, le chemin à parcourir est encore long. »

Le sexologue se réfère à une expérience américaine célèbre. Une étudiante a éclaté en larmes dans la bibliothèque universitaire. Presque immédiatement, elle a été abordée et réconfortée par des passantes. On appelle ça la sororité. Lorsqu’un étudiant a fait la même chose, les réactions ont été complètement différentes. Les passants faisaient un détour pour l’éviter. « Un homme émettant des signaux émotionnels clairs, cela semble encore inhabituel pour nous. Dans la pratique, je constate la même chose : après une rupture, de nombreuses femmes reçoivent automatiquement le soutien de leur entourage. Pour les hommes, cela semble être beaucoup plus compliqué. », explique Slabbinck.

Parler, ça aide

Si les problèmes sont clairs, la solution ne l’est pas forcément. « Il n’y a pas de solution immédiate et cela prendra du temps, mais les premiers pas sont assez simples. Parlez-en, entamez la conversation, posez des questions. », dit Van Tricht. « Nous commençons toutes nos réunions par un check-in. Nous demandons explicitement à chacun comment il va. C’est un exercice régulier pour parler de nos émotions. Si votre enfant est malade, si votre mère est décédée, si vous êtes amoureux, si vous avez encore 101 choses à organiser avant vos vacances, cela a un impact sur votre fonctionnement. Que ce soit dans la vie privée ou au travail. Il est important d’en prendre conscience. »

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