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Le secteur de l’IT face à ses enjeux

22.06.2022
par Bastien Craninx

L’IT est un des secteurs les plus en vogue en ce moment dans nos pays européens. Et pour cause, véritable vecteur de croissance économique, il est une clé majeure dans l’évolution de nos sociétés modernes. Mais encore faut-il arriver à cerner ses enjeux et à y faire face. 

Ce Fokus Podcast de Smart Media Agency a réuni Yvan Huque et Géraldine Valentini, deux personnalités impliquées dans le monde de l’IT en Belgique. Le but ? Discuter des enjeux majeurs qui agitent ajourd’hui le secteur en question. Cela a donné lieu à une conversation passionnante, qui a ravivé l’importance de se concentrer sur l’avenir de ce secteur encore aux balbutiements de son potentiel.

 

Yvan Huque est directeur chez Technifutur TIC, centre de compétence basé à Gosselies qui accompagne les demandeurs d’emploi, les personnes en reconversion professionnelle et les employeurs dans le développement des compétences liées au métier de l’informatique. Proche du monde de l’enseignement, Technifutur TIC complète les parcours scolaires des écoles sur base de leurs expertises et de leur investissmeent matériel.

Géraldine Valentini est Chief HR Officer chez Isabel Group depuis 2018. Elle gère l’équipe Ressource Humaine de son entreprise. Isabel est une fintech, une entreprise technologique spécialisée dans le domaine financier. Elle propose des olutions qui visent à optimiser les paiements, les documents et les identités numériques pour ses clients (PME, TPE, grandes entreprises, banques et bureaux comptables).

L’IT fait aujourd’hui partie intégrante du monde de l’entreprise. Surtout après la pandémie qui a accéléré le besoin en nouveaux talents. Pourtant, le secteur fait face à une pénurie sans précédent qui ne ne va cesser de se renforcer si on ne prend pas les choses en main. 

Bien qu’encore très jeune, le secteur de l’IT fait aujourd’hui partie intégrante du monde de l’entreprise. Pourtant, son évolution exponentielle et sa diversification constante inquiètent. En 2017, Statbel évaluait ainsi à 214 000 le nombre de personnes occupées dans une fonction informatique en Belgique (4,6% de la population). Problème : le secteur est victime de son succès et les profils nécessaires manquent à l’appel. Le taux de vacance d’emploi du secteur TIC atteignait ainsi les 6,6%. Un taux largement supérieur à celui des autres secteurs (3,6%).

La crise du Covid comme accélérateur

Pour ne rien arranger à la situation, la récente pandémie a renforcé le besoin en profils IT. Jusque là, beaucoup de sociétés fonctionnaient encore avec peu d’applications informatiques. “Mais la crise du Covid a été un véritable accélérateur parce qu’on s’est rendu compte que c’était nécessaire en termes de résilience” , explique Yvan Huque. “Tout le monde s’est mit à travailler à la maison. Les besoins en interconnexion ont explosé de même que ceux en cybersécurité”. De nombreux investissements conséquents non prévus à court terme ont dû être réalisés : digitalisation des process, stockage, infrastructures… D’où l’accélération de la demande en profils adéquats.

La secteur de la formation débordée

Il est donc primordial de repenser au plus vite l’évolution du secteur. Selon Yves Huque, cela doit se faire sous deux angles. Tout d’abord, en tenant compte de l’omniprésence de la technologie dans notre vie privée et professionnelle (depuis 2012, nous sommes en effet passé à la quatrième révolution industrielle, fortement influencée par les smartphones et la multitude d’applications) et, ensuite, en travaillant sur la problématique des compétences en proie à un incroyable bouleversement. “Dans les années 70’, une compétence professionnelle avait une durée de vie de 35 à 40 ans. On pouvait faire sa carrière avec un set de compétences professionnelles issues de sa formation de base. Ce n’est plus le cas aujourd’hui”.

Et pour cause, puisque l’apparition des ordinateurs dans les années 80’ a rebattu les cartes du savoir. La durée de vie d’une compétence n’a fait que diminuer pour atteindre actuellement 6 mois à 1 an et demi. Ce qui a contribué à l’obsolescence progressive des organismes de formations incapables de couvrir l’ensemble des compétences demandées en leur sein. “Les profils informatiques ne cessent de se diversifier. La seule réponse que l’on a pu apporter à cette problématique consiste en la spécialisation dans une matière”. Et, sans surprise, cette nécessité de formation a contribué à asseoir le secteur dans la situation inquiétante qu’il vit actuellement. Celui de la pénurie et de la fonction critique. “On parle actuellement de 15 000 postes non pourvus en Wallonie. À l’horizon 2030, selon une étude Agoria, on pourrait même atteindre le nombre de 540 000 postes vacants”. Des chiffres vertigineux qui font craindre le pire pour la situation économique si rien ne change.

Le monde de l’entreprise impacté

Du côté du monde de l’entreprise, ce manque se fait cruellement sentir. “C’est devenu très compliqué de trouver des profils adéquats capables de soutenir le plan stratégique et la croissance de l’entreprise”, explique Géraldine Valentini. “Surtout si comme chez Isabel, vous recherchez des candidats comptabilisant déjà 5 à 10 ans d’expérience”. L’un des enjeux majeurs est donc de rendre la fonction attrayante. Et quoi de mieux pour cela que de permettre un apprentissage continu et un véritable plan de développement ? “C’est donnant-donnant. Les gens ne viendront jamais travailler chez vous si vous ne leur offrez pas des possibilités d’évolution”. Géraldine Valentini souligne également l’ambition et l’intelligence de ce genre de profils rares qui ne veulent pas s’attarder en entreprise trop longtemps. Leur but ? Devenir consultants rapidement. “Nous faisons donc face à un taux de rotation assez élevé qui met la pression sur nos équipes. On parle d’environ 10% pour nos employés et jusqu’à 17% pour les consultants”. Dans ce contexte, même si tous les types d’entreprises sont concernés, ce sont bien les PME qui trinquent le plus. Elles ne peuvent en effet pas rivaliser avec les grandes strutures qui ont plus de moyens et qui offrent également des salaires plus élevés. “Même si, actuellement, de moins en moins de candidats se basent sur l’aspect pécunier, cela renforce la pression sur les petites structures qui mettent plus de temps à trouver un profil adéquat”.

La solution : l’alternance et la diversité du public ? 

Alors que certaines entreprises essaient d’attirer les profils intéressants lorsque ces derniers quittent les bancs de l’école, d’autres travaillent autrement. “Elles invitent les étudiants durant leurs études. Elles mettent ainsi en place les mécanismes nécessaires et accélèrent le chemin vers l’emploi”, explique Yvan Huque qui part d’un principe simple. Selon lui, le métier de développeur n’existe plus vraiment. Les profils IT sont en fait formés à un langage spécifique dans un métier tout aussi spécifique. “De par la technologie utilisée et la philosophie en présence, un développeur qui a travaillé dans une Fintech n’est pas celui qui a travaillé dans le secteur public”. Or, l’entreprise a besoin de collaborateurs sensibilisés au domaine dans lequel elle évolue. L’imbrication de l’entreprise dans le mode de formation permetrait ainsi de matcher la culture, le secteur, les personnes et d’individualiser le programme de formation. 

La recherche d’un nouveau public est également primordiale. “Le développeur type est un garçon entre 25 et 35 ans, blanc et éduqué. C’est un profil très stéréotypé et un biais dans notre société”. Le public féminin ne représenterait, lui, que 15% du métier (et 7-8% de l’IT dur). Et ne parlons pas du public d’origine étrangère qui fait cruellement défaut. Le but dans les années à venir serait donc d’abaisser les barrières à l’entrée de ce type de public en offrant de nouvelles modalités de formation. Car, dans le monde de l’entreprise, ce genre de stéréotypes peut être un handicap. “On perd non seulement la richesse dans la compréhension du client, mais également l’innovation du produit de demain”, ajoute Géraldine Valentini. 

La formation continue en entreprise

Une fois en fonction dans une entreprise, les développeurs ne peuvent certainement pas se reposer sur leurs lauriers. “Si ces derniers n’apprennent plus de langage de programmation, ils deviennent inintéressants pour l’entreprise et le marché de l’emploi dans les 3 ans”. Les contraintes et la pression sont donc réelles. Mais il faut à tout prix éviter les formations théoriques stricto sensu selon les experts. Chez Isabel, ce sont des formations sous forme de projet. “Si l’on code dans le langage de programmation qui nous intéresse, alors on apprend”, explique Géraldine Valentini qui insiste aussi sur les formations en ligne via des plateformes techniques spécifiques. “Pour ces formations par projet, il faut des objectifs clairs et identifiés”, reprend Yvan Huque qui fonctionne de la même manière dans l’accompagnement des organisations. “Nous les aidons à définir un plan de formation en fonction d’un projet particulier ou d’une stratégie particulière. Nous l’adaptons ainsi en fonction de ce qui va arriver”. On l’aura compris, les idées ne manquent pas pour combler cette pénurie, mais encore faut-il pouvoir les mettre en place… et rapidement !

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