année
Fêtes

Félix Radu : l’année que je voulais, l’année qu’il me fallait

16.12.2020
par Fokus Online

Cette année, j’espérais partir. Loin. Disparaître. Ou plutôt, me retrouver. C’est ça. Changer d’air, et d’horizon.

Embarquer avec moi quelques amis, peut-être. Et des livres. En espérant être trop occupé pour les ouvrir. Ne rien écrire. Ne pas décrocher mon téléphone. Enchaîner plusieurs fêtes de nouvelle année. En faire un marathon d’adieux. 

J’aurais voulu pourchasser ma liberté, qu’elle cesse de m’échapper. Que je la prenne de vitesse. Par surprise. Puis être sur scène. Et jouer. Être davantage au théâtre que dans la vie. Vivre par passe-temps, pour prendre un peu l’air, et retourner au plateau. 

Cette année, je ne suis pas parti.

J’en ai profité pour ranger un peu l’appartement, défaire les derniers cartons d’emménagement, devenus meubles. J’ai appelé ma mère. Ça m’a fait du bien de l’écouter. Je me suis ennuyé. J’ai compté le nombre de planches qui composent mon plancher. 1233. Ça ne sert à rien, mais ça anime les soirées. J’ai commencé à lire des livres que je m’étais promis de lire un jour. J’ai réalisé que je ne m’étais jamais réellement fait à manger. Maintenant, je connais le gout du curry et de la coriandre ; et le bruit de l’alarme incendie quand tu oublies un plat au four.

Je n’ai pas eu l’année que j’aurais souhaité. Peut-être ai-je eu l’année dont j’avais besoin ?

Chaque semaine, je rationne mes balades. Pour éviter de trop sortir. J’ai dessiné un itinéraire qui passe par le parc et finit au supermarché. Je n’ai jamais marché aussi lentement. Elle est belle ma rue en fait. D’ailleurs, j’ai rencontré mes voisins de palier pour leur emprunter un rouleau à pâtisserie. Depuis, on se dépose des bouts de choses cuisinées devant la porte. Pour se voir sans se croiser. En vérité, c’est long une journée quand on ne lui court pas après. Hier, j’ai repensé à cette phrase de Magritte au sujet de la poésie. Retrouver la poésie étrangère dans le familier. Et ça m’a fait sourire. 

Je n’ai pas eu l’année que j’aurais souhaitée. Peut-être ai-je eu l’année dont j’avais besoin ? Comme ces vagues en bord d’océan qui nous frappent, nous font chavirer, avant de nous ramener à la rive. Je suis assis sur la plage, trempé d’avoir lutté, et je scrute l’horizon. J’avais oublié. Comme c’est beau un soleil qui tente de se lever.

Article précédent
Article suivant