Agri & Food

Pierre Wynants : L’importance d’une bonne osmose familiale

12.10.2020
par Fokus-online.be

En 2006, quand le temps de la retraite a sonné et que j’ai laissé le Comme chez Soi à mon gendre, mes habitudes de vie ont forcément changé. Mais depuis cette transition importante, je reste assez actif, au-delà du petit monde de la restauration.

Si je garde un œil sur le restaurant familial, je continue à exercer ma passion pour la cuisine, dans un rôle de consultant pour la brasserie du Royal Léopold Club, le cercle omnisport d’Uccle. J’aime aussi m’impliquer pour des œuvres caritatives et j’ai pas mal de réunions de famille. Puis, comme beaucoup d’autres à mon âge, je veille à la santé, entre les rendez-vous chez le médecin et les prises de sang…

Je suis fier d’avoir reçu une troisième étoile au guide Michelin, que nous avons tenu pendant 27 ans. La chance de notre établissement, qui a reçu les personnalités les plus prestigieuses – de Winston Churchill aux Rolling Stones, en passant par Lewis Hamilton, etc. -, c’est que les successions se sont toujours bien passées depuis sa création, en 1926. Je fais partie de la troisième génération, et nous en sommes à la quatrième avec Lionel et Laurence, qui ont bien repris l’affaire, sans oublier Véronique, mon autre fille qui participe à la gestion, et mon petit-fils Loïc, qui se trouve en cuisine et fait partie de la cinquième. Ce métier réclame de beaucoup de travail. Mais on garde une excellente osmose dans la famille, point qui me semble essentiel.

« Le manque de reconnaissance des grands cuisiniers belges me désole. »

Au cours de ma vie, j’ai eu la chance de voyager dans 130 pays. La cuisine m’a fait aller partout, en organisant de nombreux banquets à travers le monde. J’ai fait des repas pour nos souverains, jusqu’à Tokyo, avec le futur empereur. Et l’an dernier, je fêtais mes 80 ans à Monaco.

Depuis mon départ, le restaurant a dû faire face à pas mal de difficultés : les attentats, le piétonnier et la récente crise sanitaire, sans parler des sempiternels travaux bruxellois. Mais les enfants gardent la foi, en maintenant une cuisine de qualité, aussi bruxelloise qu’accessible et démocratique. Et elle plait toujours énormément ! J’avoue que le manque de reconnaissance des grands cuisiniers belges me désole. J’ai obtenu plus de titres en France – dont la Légion d’Honneur – que dans mon propre pays ! On semble encore peiner à se rendre compte que notre gastronomie reste l’une des plus réputées de notre planète !

 

Comme le Comme chez Soi est géré en bon père de famille depuis 94 ans, ma femme Marie-Thérèse et moi profitons à présent d’une vie plutôt confortable. Selon moi, le choix d’un compagnon ou d’une compagne de vie reste l’un des plus fondamentaux que l’on puisse faire. J’ai eu la chance d’avoir une épouse formidable. Si elle n’avait pas été là, je ne serais certainement pas arrivé au même point…

Par Pierre Wynants, Chef étoilé, Comme chez soi, pensionné

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