start-ups
Business

La Belgique et ses start-ups

28.09.2023
par Bastien Craninx

La Belgique a beau être un petit pays, elle regorge de richesses économiques dont nous pouvons être fiers. Son tissu entrepreneurial et ses start-ups en sont l’exemple type. Petit décodage de nos atouts et des améliorations à venir dans ce domaine.

BelgiqueBen Piquard
CEO de LeanSquare

Quelle est la force de la Belgique dans l’accompagnement des start-ups ?

« Il convient tout d’abord de réaliser qu’en Belgique, nous faisons face à des réalités économiques différentes, étant donné que cet accompagnement relève des compétences régionales. Différentes réalités donc, mais un village mondial de qualités. Tout se mesure en termes de maturité de l’écosystème. Cela englobe divers éléments : entreprises, associations, success stories… Et l’on constate que tous ces aspects mûrissent indépendamment en Belgique. La preuve, nous disposons d’une multitude d’incubateurs de toutes sortes. Un pays qui poursuit une politique de “start-up nation” et favorise l’intelligence collective entre ses différents blocs est essentiel pour le développement global. »

De quelle manière cet accompagnement pourrait-il encore être amélioré ?

« Le secteur est composé de nombreux acteurs aux motivations très variées. Cependant, un écosystème nécessite la collaboration de tous ces éléments. La croissance de l’écosystème résulte de multiples collaborations, bien que basées sur des visions divergentes. L’intelligence collective manque de liant. À long terme, cette lacune peut être comblée par l’enseignement. Mais à court terme, des conférences auxquelles tout l’écosystème participe sont nécessaires. Il est primordial de multiplier et de favoriser les lieux d’échanges entre les composantes. De telles initiatives encouragent sans aucun doute le mûrissement de tous les éléments de l’écosystème. »

Comment envisagez-vous la situation dans une dizaine d’années ?

« Je pense que nous constaterons plus de maturité, d’évolution et de diversification. Une tendance marquée se dégage également. Celle des investissements en vue de résoudre des problèmes plus collectifs : améliorer l’alimentation, réduire l’impact des transports, préserver la planète et favoriser un meilleur vivre ensemble. Nous nous orientons de plus en plus vers une économie sociale et collective. Ainsi, une dichotomie émerge entre les anciens entrepreneurs et ceux qui créent de l’économie sociale. Cette nouvelle génération constitue un défi positif pour le secteur. Certains vont jusqu’à affirmer que l’économie évoluera entièrement vers l’entrepreneuriat social. »

start-upsFlorianne Brack
Managing director Startlab Brussels

Quelle est la force de la Belgique dans l’accompagnement des start-ups ?

« Je suis spécialisée dans les initiatives des jeunes de moins de 30 ans. En Belgique, de nombreuses initiatives existent pour soutenir les jeunes désireux de se lancer dans l’entrepreneuriat. La majorité de ces structures d’accompagnement sont interconnectées et activement intégrées dans l’écosystème entrepreneurial belge. Ces connexions sont d’une grande importance pour les jeunes entrepreneurs qui ne disposent pas encore de leur propre réseau. Les avantages financiers font également de notre pays une valeur sûre. En Belgique, le réseau d’investisseurs permet en effet des levées de fonds intéressantes, sans oublier d’autres initiatives telles que le Tax Shelter. »

De quelle manière cet accompagnement pourrait-il encore être amélioré ?

« Les jeunes sont parfois perdus au milieu de la multitude d’organismes d’accompagnement existants. Afin de pallier cette confusion, il serait pertinent de les répertorier de manière plus détaillée et d’identifier les spécificités de chacun d’entre eux. Une autre piste d’amélioration consisterait à renforcer les collaborations entre organismes d’accompagnement et entreprises privées. Cela permettrait d’apporter une expertise sectorielle concrète et d’offrir aux jeunes entrepreneurs un accès à d’autres réseaux. Une telle synergie pourrait grandement faciliter leur chemin vers le succès entrepreneurial. »

Comment envisagez-vous la situation dans une dizaine d’années ?

« J’espère que le statut d’entrepreneur sera de mieux en mieux valorisé dans l’inconscient collectif. Se lancer dans l’entrepreneuriat est souvent accompagné de pressions sociales. Nombreux sont ceux qui ne se sentent pas soutenus dans leur choix par leur famille. Aux premières étapes d’un projet, on se sent souvent seul. Sans oublier que l’échec est encore mal vu dans notre société. Il serait préférable de s’inspirer de la mentalité américaine, qui voit les échecs comme des étapes du parcours. Enfin, j’espère que le marché européen tendra vers une harmonisation réglementaire accrue, en réduisant les obstacles à la mobilité transfrontalière et en facilitant l’accès au financement transnational. »

start-upsJean-Marc Bryskere
Directeur de l’incubateur durable Greenbiz

Quelle est la force de la Belgique dans l’accompagnement des start-ups ?

« L’organisation du pays en Régions permet une forte proximité avec les start-ups. Cette proximité facilite la compréhension des besoins et offre une réponse adaptée et assez flexible. Les structures ne sont pas trop lourdes et il y a de la réactivité dans les outils mis en place. Un autre facteur réside dans la structuration : les différents opérateurs offrent un accompagnement pour les subsides ou encore pour l’hébergement. Chaque Région se concentre sur des domaines spécifiques. Elle a donc ses secteurs de prédilection, bien qu’elle soit supposée collaborer avec l’ensemble de l’écosystème. »

De quelle manière cet accompagnement pourrait-il encore être amélioré ?

« Paradoxalement, malgré ce qui vient d’être dit, le point faible réside dans le fait que les Régions travaillent en silos. Elles collaborent donc peu entre elles. Il est essentiel de sortir de son cadre régional et d’améliorer cette collaboration interrégionale, sans pour autant encourager la concurrence. Il est tout à fait envisageable que les Régions unissent leurs forces pour accomplir un succès belge. Bien que nous ayons également un problème de moyens. Les ressources sont certes suffisantes pour le niveau régional, mais il est plus compliqué de se faire connaître au niveau international. Le financement des start-ups demeure un enjeu crucial, surtout en phase d’amorçage. »

Comment envisagez-vous la situation dans une dizaine d’années ?

« Les métiers continueront à se spécialiser. Les incubateurs de demain se concentreront davantage sur des domaines d’activité spécifiques et moins sur des centres d’entreprises. Le futur sera marqué par la création d’écosystèmes forts. À Bruxelles, l’idée serait de se focaliser sur l’économie durable. En Flandre, sur l’éolien, et en Wallonie, sur l’aéronautique. Le développement de l’économie durable et circulaire connaîtra également un essor significatif à l’échelle mondiale. Cela deviendra une tendance de fond, de même que la relocalisation industrielle. Il faut s’attendre à ce que la production industrielle à petite échelle propre à la Belgique soit réintroduite dans les villes. »

Article précédent
Article suivant