Interview par Fokus Online

Emna Everard: « Être entrepreneur, c’était un rêve d’enfant pour moi »

Emna Everard a lancé Kazidomi durant ses études. Il s’agit d’un e-shop, spécialisé dans les produits sains. Résolument tournée vers le digital, l’entrepreneuse belge a vu le domaine du numérique comme une possibilité d’expansion et de croissance rapide.

Pourquoi avez-vous choisi de lancer Kazidomi en ligne ? Est-ce que vous avez considéré le digital comme un moteur dès le début ?  

« Il y avait plusieurs raisons. La première, c’était que j’étais passionnée par tout ce qui tourne autour du code. Et je n’avais pas beaucoup de fonds parce que j’étais encore étudiante. Un e-commerce est, à la base, moins coûteux que le lancement d’un magasin. Je n’avais pas besoin d’avoir un employé directement, ou de trouver un lieu. Ce qui me permettait d’avoir des ambitions plus grandes. Il y a aussi l’idée d’internationalisation. Nous pouvons avoir plus facilement et plus rapidement des ambitions internationales. Parce qu’il n’y a pas de frontières, il suffit d’avoir des contrats avec des transporteurs. Le web nous permet de livrer dans quasiment toute l’Europe. Avec forcément une majeure partie des ventes qui est concentrée sur les pays francophones. Notamment parce qu’aujourd’hui, nous ne communiquons qu’en français. Mais à terme, l’idée serait de conquérir l’Europe. »

Comment devient-on entrepreneur durant ses études ?  

« J’ai un parcours un peu spécial, parce qu’être entrepreneur, c’était un rêve d’enfant pour moi. Mon père est spécialisé en nutrition. Beaucoup de personnes n’ont pas accès à cette information. J’ai commencé des études de commerce quand j’avais 18 ans, en me disant que je voulais avoir le bagage nécessaire pour construire mon magasin. C’est justement pendant mes études que je me suis passionnée pour la partie digitale. L’e-commerce a commencé à plaire à beaucoup de gens. C’est de cette manière que j’ai fait un switch à l’époque : du magasin traditionnel vers l’idée d’un e-commerce. »

Est-ce que vous vous êtes inspiré d’autres e-commerces ou leaders d’e-shop ? 

« Il y avait pas mal de sites d’e-commerce qui m’inspiraient, mais assez peu en Europe. Aux États-Unis notamment, il y en avait beaucoup. Il y en avait quelques-uns en Angleterre également. Sur le thème de la santé, ils sont plutôt en avance par rapport à nous. Et il y a des e-commerces qui ont des histoires fascinantes, des entreprises comme Amazon par exemple. C’était des histoires que je suivais forcément de près. Je cite Amazon, mais il y en a beaucoup d’autres. J’étais une grande fan de Tony Hsieh, le fondateur de Zappos, qui est un peu l’équivalent de Zalando aux USA. Zalando qui s’est d’ailleurs inspiré de Zappos pour se développer. »

Où en est la Belgique dans le domaine de l’e-commerce ? 

« De manière générale, il y a encore beaucoup de progrès à faire. Des événements comme la crise de la COVID accélèrent clairement la transition vers l’e-commerce. Mais je pense que globalement, le taux de pénétration de l’e-commerce est encore faible, encore très bas, par rapport à des pays comme les États-Unis ou l’Angleterre. Ce sont des pays où les gens sont beaucoup plus habitués à acheter en ligne. Il y a encore une grosse marge de progression ici. »

e-commerce
©Hadrien Hanse

Nous pouvons avoir plus facilement et plus rapidement des ambitions internationales.

Est-ce que la crise sanitaire vous a mis en difficulté ? 

« Pas du tout ! Au contraire, le moment de la crise sanitaire a plutôt été porteur pour notre projet. Pour deux raisons. Parce que non seulement nous sommes dans l’e-commerce, mais qu’en plus de cela nous sommes spécialisés dans les produits de bien-être ou de santé. Énormément de personnes se sont recentrées sur elles-mêmes, avec l’objectif de faire plus attention à elles, etc. Nous étions donc dans un secteur doublement porteur. »

Dans le cas de Kazidomi, après cette année spéciale, quels sont les enjeux pour 2021 ? 

« Nous avons beaucoup de choses à faire du côté de l’internationalisation, c’est-à-dire le fait de nous développer en dehors de la Belgique et de la France. Pour réussir à faire ce que nous faisons sur le marché francophone, mais à l’étranger. L’idée est de toucher le marché hollandais, puis le marché allemand.

Il y a également la personnalisation. Aujourd’hui, l’e-commerce est souvent très transactionnel. Si je prends l’exemple d’Amazon: il y a une transaction, mais il n’y a pas de lien avec l’entreprise. Il n’y a pas forcément de recommandations ou de communication entre le moment de la dernière commande et celui de la commande suivante. Nous voulons pousser l’expérience d’achat en ligne sur Kazidomi. En personnalisant davantage l’expérience. Notamment sur tous les aspects santé. Nous pourrions par exemple permettre aux gens qui ont des régimes spécifiques, des carences ou des intolérances, d’avoir accès aux produits qui correspondent à leur profil de santé. Nous avons un gros projet pour faire en sorte que le site puisse vraiment s’adapter à chaque consommateur. L’idéal serait qu’il y ait un site e-commerce pour chaque utilisateur avec ses spécificités, etc. »

Est-ce que faire de la concurrence aux e-shops américains par exemple fait partie du projet Kazidomi ?

« Le marché aux Etats-Unis est différent, mais également très éloigné. Il faudrait dupliquer le modèle Kazidomi, avec une offre adaptée au marché américain. Nous ne pourrions par exemple pas bénéficier de toute la chaine logistique que nous avons construite en Europe pour livrer aux États-Unis. Ni du catalogue que nous avons créé en Europe. Non seulement parce que les habitudes de consommation ne sont pas les mêmes, mais parce qu’en plus, d’un point de vue écologique, cela ne correspondrait pas à nos valeurs. Faire transporter des produits aux États-Unis depuis l’Europe, cela n’a pas de sens. »

Vous avez été élu meilleur workshop de l’année en décembre dernier (par BeCommerce Awards). Vous vous attendiez à recevoir ce prix ?  

« Nous savions que nous avions nos chances, parce que nous avions une forte croissance. Mais nous étions face à de très gros players, ce n’était pas gagné d’avance. Au final, je pense que le jury a été séduit par les projets de Kazidomi. Par l’aspect respectueux de l’environnement, l’aspect éthique. L’aspect jeune aussi ! Kazidomi reste une startup. Je pense qu’ils ont voulu mettre en avant et récompenser de jeunes entrepreneurs bruxellois. »

entrepreneur
©Hadrien Hanse
Smart
fact

Plutôt bio ou plutôt local ?

« Je place l’aspect santé avant le côté local. Parce qu’un produit local peut être ultra transformé. Un produit bio n’est pas nécessairement bon pour la santé non plus. Mais a priori, il sera exempt de conservateur. Je préfère consommer un produit qui est bio, plutôt que de consommer un produit local ultra transformé. Évidemment si c’est un produit bio et local, c’est un plus. »

25.02.2021
par Fokus Online
Article précédent
Article suivant