Interview par Frédéric Vandecasserie

Bruno Colmant : « Varier les plaisirs ! »

Quand on a une brique dans le ventre, encore faut-il veiller à ce qu’elle ne nous tombe pas sur l’estomac ! Pour disposer d’un parc locatif la cinquantaine venue, il faut avant tout varier les plaisirs et éviter les écueils. Quelques conseils en compagnie de Bruno Colmant, économiste belge et CEO de la Banque Degroof Petercam.

On considère souvent le cap des 50 ans comme un palier de l’existence où il est bon de disposer d’un portefeuille d’investissements, si on en a les moyens. Dans ce contexte, l’immobilier est-il une bonne solution ?

« À cet âge-là, il importe avant tout d’examiner la totalité de son patrimoine, que l’on aura pu se constituer au fil des années, si on en a eu la chance. Mais d’abord, une chose essentielle : tout mettre dans l’immobilier n’est de toute façon pas souvent une bonne solution. »

Pour quelle raison ?

« Mon avis est que l’immobilier doit toujours être vu de manière différenciée. Il faut varier ses investissements financiers. Préalable absolu pour l’immo : avant de penser à d’autres investissements immobiliers, il importe déjà d’être propriétaire de son propre logement. C’est la base ! Ceci constitue ce que j’appellerais ‘‘une saine donnée patrimoniale’’. Et confirme aussi que l’adage selon lequel ‘‘le Belge a une brique dans le ventre’’. De plus, être soi-même propriétaire de son habitation confère plus d’autonomie et de sécurité pour penser à la suite… »

Quand on possède sa propre habitation, l’immobilier peut alors être une bonne option ?

« L’immobilier possède un avantage en ce sens que le bien existe et incarne matériellement l’investissement, ce qui rassure l’investisseur. Mais c’est parfois une fausse impression. Parce qu’en revanche, le désavantage tient au fait par exemple qu’il n’existe aucune diversification quand on possède des biens immobiliers, contrairement à un portefeuille d’actions. C’est-à-dire que le risque est, par définition, plus présent et massif dans quelque chose de non-diversifié. Donc cela peut être intéressant, mais attention ! » 

La constitution d’un parc locatif demande aussi un investissement conséquent dès le début, non ?

« Oui. L’immobilier représente de gros frais d’entrée à l’achat. Les sommes demandées ne sont pas toujours à portée de tous. De plus, quand on songe à la constitution d’un parc locatif, il ne faut jamais oublier que les premiers revenus ne sont pas immédiats. Dans l’immobilier neuf, par exemple, on paie le logement par tranches, à mesure de l’avancement des travaux. Ce n’est que lorsqu’il est terminé que l’on peut se mettre en chasse d’un locataire pour percevoir des revenus.  Bref, on dit souvent, et à juste titre, aussi, que l’investissement en bourse représente des risques. Mais c’est également le cas des investissements immobiliers ! Enfin, on n’est jamais à l’abri d’un accident de la vie. Et, si on a urgemment besoin d’argent, vendre un bien immobilier n’est pas toujours la solution la plus rapide pour retrouver des liquidités. »

L’immobilier possède un avantage en ce sens que le bien existe et incarne matériellement l’investissement,
ce qui rassure.

La crise de la COVID-19 modifie-t-elle les choses dans un sens ou dans l’autre ?

« Je dirais de cette crise qu’elle joue dans les deux sens. Dans une période tourmentée comme celle que nous traversons, l’investisseur a parfois besoin de concret et de tangible pour se sentir sécurisé. Et un parc immobilier répond idéalement à ces préoccupations. Mais, dans l’autre sens, la crise de la COVID-19 provoque évidemment des érosions de revenus chez de nombreuses personnes, dont certaines pourraient dès lors éprouver des difficultés à payer leur loyer. Avec les conséquences néfastes que l’on imagine pour les propriétaires. »

L’option qui consiste à louer son bien via une Agence Immobilière Sociale, générant des revenus un peu moindres, mais, par contre, totalement garantis, est-elle une bonne alternative ?

« Oui. Pour les biens qui s’y prêtent, c’est-à-dire pour les biens pas trop chers à l’achat, c’est à envisager. C’est une formule qui débouche sur une situation sans stress. La résistance de chacun est différente face au stress. Et dans l’optique d’un parc locatif varié, pourquoi ne pas envisager de mettre, également, des biens en location sous ce régime. »

Quels autres conseils donneriez-vous ensuite à quelqu’un qui voudrait bel et bien se constituer un parc locatif ?

« Tout d’abord, il importe d’acquérir des biens pour lesquels on ne s’endette pas trop ! Sinon, le remboursement d’un prêt peut devenir une source de tensions en cas de chute temporaire de revenus, par exemple. Ensuite, il faut miser sur le flair, en optant pour un bon rendement locatif, dépendant souvent, entre autres, d’une bonne localisation. Dans ce contexte, se situer près de facilités ou d’un centre de business constitue toujours un plus appréciable. De manière générale, dans le cadre d’investissements, je conseille toujours de choisir un immeuble qui se situe proche des lieux de vie. Les études montrent que c’est ce type d’endroit qui a, encore et toujours, la cote. »

De toute façon, ne pas trop s’endetter est presque une obligation passé un certain âge. Vu que plus on vieillit, plus les prêts sont difficiles à obtenir…

« Exact ! L’endettement via un prêt n’est quasiment plus permis vers la cinquantaine. Ou alors pour des montants assez réduits. »

Outre l’investissement « dans la brique », existe-t-il d’autres méthodes pour investir dans l’immobilier ?

« Oui ! On peut, par exemple, acquérir des actions de sociétés immobilières. Qui, elles, se chargeront ensuite de faire fructifier l’investissement. Cette formule est moins connue, donc moins populaire. Mais, selon moi, à tort. Cette façon de procéder est un bel exemple qui prouve que l’économie regorge de possibilités encore à explorer. Et c’est valable dans tous les secteurs de l’économie. »

C’est cet « infini de possibilités » qui vous passionne dans votre métier d’économiste ?

« On peut dire ça, oui. L’économie m’intéresse, car elle représente un mélange parfaitement dosé entre intuition et érudition. Il y a une somme gigantesque de connaissances théoriques à acquérir, mais il faut sans cesse mélanger ces dernières avec les bonnes réflexions aux bons moments pour arriver à de bonnes performances. J’ai l’impression que je n’arriverai jamais au bout de toutes les possibilités offertes par ce secteur. Et c’est tant mieux ! Car c’est exactement ce que je recherche… »

Smart
fact

Sa passion, la transmission !

« Ce qui m’inspire au jour le jour, dans mon métier en particulier et ma vie en général, n’est autre que le concept de ‘‘transmission’’ ! Si j’ai bel et bien obtenu mon Doctorat à Solvay, je n’ai cependant pas compris tous les cours que j’y ai suivis. Et je suis sorti de là en me disant que, plus tard, je serai professeur pour mieux expliquer les choses aux gens, tout simplement. Voilà pourquoi, outre mon poste de CEO chez Degroof Petercam, je suis également chargé de cours à l’UCL, notamment. Jusqu’à aujourd’hui, j’ai dû croiser près de 10 000 étudiants. Et je me dis souvent que si j’ai pu leur transmettre ne fût-ce qu’une phrase qui a pu aider à changer leur vie, même un tout petit peu,
je suis heureux !
 »

28.01.2021
par Frédéric Vandecasserie
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